À GORE ET À CRIS

C’est la société de distribution du comédien principal de trois des cinq films qui propose ce magnifique coffret dans des versions totalement restaurées. A voir ou revoir d’urgence, si possible autrement que sur un écran télé… La saga initiée par le génial Sam Raimi (trilogie des « Spiderman ») reste un must dans son genre.

En 1981, alors qu’il a déjà quelques courts-métrages à son actif lui ayant permis non seulement faire ses armes mais de se faire un petit nom dans le landernau cinématographique, Sam Raimi défonce littéralement la grande porte pour s’installer durablement dans la grande maison du septième art. Un septième art d’horreur pour commencer avant que Hollywood lui fasse les yeux doux pour ce qui demeure aujourd’hui une des meilleures trilogies de tous les temps, « Spiderman ». Scénariste et cinéaste jamais avare d’une sortie des chemins balisés du politiquement correct, il ne manque jamais l’occasion de distordre l’ordre moral à grand renfort de dérision, quitte, pour ce faire, à en faire des tonnes en matière d’effet spéciaux. La trilogie qu’il ouvre donc en 1981 va le propulser très haut parmi les cinéastes rentables, lui permettant de réaliser quelques films ambitieux sans pour autant se départir de cette si jubilatoire dissidence artistique. Ainsi « Un plan simple » ou encore « Intuitions », deux musts absolus sans des hectolitres d’hémoglobine mais dotés d’une abyssale profondeur psychologique.

CINQ FILMS POUR UN COFFRET

Voici donc les cinq films principaux de cette franchise enfin disponibles en DVD et blueray dans des versions restaurées d’une exceptionnelle qualité.

EVIL DEAD (1981) : Un budget ridicule pour un film qui rapportera des millions de dollars. La carrière de Sam Raimi est lancée grâce à cette histoire de maison que hante l’esprit des morts si les visiteurs ont la mauvaise idée d’aller fouiner là où il ne faut pas et surtout dans des caves renfermant le livre des morts toujours prêt à se feuilleter si sont prononcées les fatales formules incantatoires. Avec des valeurs de plans qu’on retrouvera souvent chez le cinéaste, ce premier volet reste aujourd’hui une référence absolue dans le genre horrifique. Flippant à souhait et filmé avec une caméra sous amphétamines, flirtant avec la parodie et la BD, cet opus liminaire qui lorgne sans complexe sur ses prédécesseurs (« Massacre à la tronçonneuse » pour ne citer que celui-ci) est devenu à son tour une oeuvre référence.

EVIL DEAD (1987) : Le temps de tourner « Mort sur le grill », comédie totalement perchée, et le cinéaste chaussait à nouveau ses bottes pour patauger dans la gadoue de la célèbre forêt au milieu de laquelle trône toujours la maison de tous les malheurs. Peu désireux de faire une suite dans la droite ligne du premier opus, Raimi va multiplier les références cinématographiques (en gros : tous les films de super héros et le cinéma d’horreur à commencer par le sien…), forçant le trait pour en extraire tout le potentiel comique. On rit plus qu’on ne crie mais le résultat est saisissant.

EVIL DEAD III : L’ARMÉE DES TÉNÈBRES (1993) : Le scénario va cette fois emprunter les couloirs du temps et planter le décor au XIIIe siècle. Toujours aussi percutant, mais avec un humour qui a cette fois largement pris le pas sur l’horreur, avec des trésors d’imagination visuelle étourdissant déployés par le cinéaste, ce troisième épisode se hisse sans problème au même niveau que les deux précédents et clôture en beauté cette trilogie.

EVIL DEAD (2012) : L’histoire reste sensiblement la même mais des moyens plus conséquent et une avancée incontestable de la techologie confère à cette nouvelle version son potentiel à la fois gore et horrifique. Le cinéaste uruguayen Fede Alvarez (qui quelques années reviendra sur une autre saga culte avec « Alien : Romulus ») s’avère un disciple solide de son maître (qui se retrouve à la production) doublé d’un virtuose de la caméra. Reste que l’ensemble est un peu trop sage et sans grande surprise, chaque moment fort du modèle se retrouvant quasiment au même moment dans cette nouvelle version.

EVIL DEAD RISE (2023) : Toujours présent au générique en qualité de producteur exécutif, Sam Raimi semble veiller au grain. Cette fois, nous sommes dans un immeuble voué à une imminente démolition. Les lianes meurtrières des quatre premiers volets deviennent des cables d’ascenseur qu’un tremblement de terre vient de faire sortir de leur habitacle et c’est l’escalier et non plus le pont qui sera détruit et empêchera toute velléité d’échapper à ce toujours présent livre des morts que va réactiver un adolescent aussi têtu qu’un troupeau de mules. Un générique de début d’une étourdissante beauté et des effets gore jusqu’à plus soif ni faim, le tout mené par un jeune cinéaste, Lee Cronin, qui d’ailleurs prépare pour 2026 un nouvel opus de la franchise, font de ce volet une réussite, ponctuée de quelques références cinématographiques (« Shinning », évidemment) et, plus surprenant, littéraires (« Les Hauts de Hurlevent ») mais à laquelle manque toutefois un peu d’humour.

Franck BORTELLE

Coffret « Evil dead » chez Bruce Campelle Distribution

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