
DES CAISSES ET DES CAISSES
Robert Hossein, qui n’a jamais été un immense cinéaste, s’emparait en 1982 du roman de Victor Hugo pour en proposer son adaptation. Flanqué d’Alain Decaux pour le dialogue, il livrait un film poussif, emphatique, à l’image de ses pièces de théâtre et saupoudré de cette esthétique slave pas toujours très nuancée. Malgré quelques beaux moments que souligne une magnifique musique de Michel Magne, ces 3h40 s’avèrent bien longues et aussi figées que le jeu décidément toujours aussi monolithique de Lino Ventura.
Bien connu pour ses mises en scène de théâtre pharaoniques qui faisaient intervenir le public pour le vote en faveur ou pas du personnage historique évoqué, Robert Hossein, fut également un très bon comédien, notamment chez Julien Duvivier, Claude Autant-Lara, Claude Lelouch et même Sergio Leone. Auteur d’une quinzaine de films comme cinéaste, il se montre très vite, dès sa première mise en scène pour le 7ème art, happé par cet expressionnisme auquel ses origines slaves ne sont pas étrangères. Né d’un père russe et d’une mère moldave, il restera très proche de cette ascendance, non seulement en épousant Marina Vlady (la plus célèbre des soeurs Poliakoff) mais en accrochant à son parcours artistique « Le Cuirassier Potemkine », « Les bas-fonds » (Maxime Gorki), deux fois « Crime et châtiment » (Dostoïevski), le personnage de Raspoutine pour ne citer que ceux-là. Sans oublier Tania Balachova, la comédienne russe qui le prendra sous son aile pendant la Seconde Guerre mondiale.
DU MÉLO À OUTRANCE
Pas très étonnant que cet art de l’exacerbation des sentiments ait mené Hossein à s’intéresser au roman de Victor Hugo, d’abord au théâtre puis au cinéma. Le romantisme romanesque d’Hugo est un terreau idéal pour lâcher la bonde à des séquences outrancières de mélo facile et Hossein ne s’en prive pas davantage que de puiser dans le cinéma russe ces plans classiques expressionnistes (le gros plan sur Ventura soulevant de sa force herculéenne une voiture pour en libérer un homme coincé et qui le trahira aux yeux de Javert) vus chez Einseistein, Kalatozov ou Tchoukhraï.
Mais tout cela ne serait rien si le film ne semblait pas si long et ne souffrait d’une inévitable comparaison avec les autres versions, notamment celle de Jean-Paul Le Chanois. Si l’on excepte la très belle séquence des barricades (au ralenti pour en accentuer la dramatisation, bien sûr) qui se solde par la mort de Gavroche, force est de constater qu’on s’ennuie quand même souvent et ce, malgré un respect louable au roman. Mais là où Le Chanois, flanqué de comédiens hors pairs, réussissait à nous captiver dès les premières images, Hossein nous lasse presque dans les secondes qui suivent le générique, notamment en faisant intervenir Hugo de manière peu utile.
DE BONS COMÉDIENS MAL DIRIGÉS
Le montage, pas très alerte, n’aide pas plus que dialogue très ampoulé signé pourtant d’un des grands biographes d’Hugo, Alain Decaux, mais le gros bémol reste l’interprétation. Définitivement monolithique, Lino Ventura, malgré la « gueule de l’emploi » ne tient pas la route et ne laisse aucune nuance de jeu et Jean Carmet, toujours à chouiner (certes il a joué dans « Comment réussir dans la vie quand on est con et pleurnichard » mais tout de même…) n’est pas un Thénardier bien crédible. Michel Bouquet, pourtant comédien génial, accuse également une rigidité qui efface tout le caractère mielleux et pervers que Bernard Blier rendit si brillamment du personnage de Javert.
Un film qui, malgré un budget colossal et record pour l’époque, ne parvient pas à nous faire vibrer et sentir la ferveur du roman ni sa profonde humanité.
Franck BORTELLE
