
DU MYTHE AU MITEUX
Celle qui ne fut jamais vraiment comédienne mais ne manqua pas d’être une authentique fasciste, et dont les 91 printemps d’existence auront basculé de la vertu au vice, s’est éteinte ce 28 décembre.
Peut-on raisonnablement passer d’un engagement total, absolu pour la cause animale à l’apologie du « F-Haine » sans laisser quelques lambeaux de sincérité sur le chemin de cette bien triste mue qui a de quoi faire la moue ? A moins de « changer de sincérité » comme le disait si justement l’aphoriste Tristan Bernard ?
Devenue la passionaria de la protection des « pauvres bêtes » après une vingtaine d’années à tourner une cinquantaine de films dont certains auront marqué d’une empreinte durable l’histoire du cinéma, Bardot aura, pour ces deux activités, allègrement dérivé vers les récifs de la haine, du mépris, de la rancœur, de l’aigreur, laissant dans ce parcours des traces indélébiles que rien ne peut absoudre.
De Clouzot à Duvivier
Car peut-on, après avoir connu cette gloire mondiale grâce à des noms aussi prestigieux que Godard, Malle, Molinaro, Clouzot, Vadim, Autan-Lara, Duvivier, Clair, Allégret, tout en demeurant pourtant une piètre comédienne, se fendre de sentences aussi stupides que révélatrices d’une inculture crasse en taxant le cinéma français de « merde molle » ?
Car peut-on, lorsqu’on a été LA femme la plus enviée, fantasmée, adulée, qu’on s’est érigée en modèle absolu de la libéralisation féminine, balayer d’une sentence sans appel le combat des Beauvoir, Halimi et autres Bretécher ?
Car peut-on, au nom d’une lutte menée tambour battant en faveur de la gent animale, ayant permis par ailleurs de réelles avancées dans ce domaine jusqu’alors, sinon méprisé tout au moins non considéré, user et abuser de la notoriété ainsi acquise et devenir l’icône de la récupération de ladite cause pour la transformer en faire-valoir d’une idéologie qui ne voit que par la haine, le racisme, l’homophobie ?
Apparemment, oui on peut. Bardot ne s’en est pas privée et, à lire les réactions de ses thuriféraires à l’annonce de sa mort, force est de constater que Brassens avait raison : les morts sont tous de braves types. Le chagrin aveugle mais rend-il sourd ? Les prises de paroles sont pourtant là pour nous rappeler que Brigitte Bardot, malgré sa jolie voix d’adolescente attardée qui fit chanter la France entière grâce à Jean-Marc Rivière et bander toute la planète grâce à Serge Gainsbourg (avant qu’elle-même ne fasse retirer ce « Je t’aime moi non plus » des ondes car, jeune mariée, ça la foutait mal de soupirer d’extase dans les bras d’un autre…), se fit la porte-parole de tout ce qu’il fallait accorder aux animaux tout en le refusant aux humains.
Quand Duras s’en mêle
Très justement et avec son inénarrable sens de la formule, Marguerite Duras disait « La Reine Bardot se tient juste là où finirait la morale et à partir de quoi la jungle serait ouverte. Un pays d’où l’ennui chrétien est banni. Si elle fait scandale, c’est parce qu’elle nie toute l’infrastructure morale du monde ».
Il est juste dommage que cette négation quasi révolutionnaire ne se soit pas appuyée davantage sur des valeurs qui fédèrent au lieu de diviser. Mais pour cela, faut-il encore avoir un rapport au monde qui passe par la réflexion (ce dont Bardot n’était pas un parangon) et non basé sur des formules toutes faites susurrées sur l’oreiller par un membre du premier parti fasciste de France…
Si sa beauté sculpturale à jamais gravée sur pellicule permettra d’entretenir ce souvenir d’une femme libre et émancipée qui ne joua jamais vraiment (sauf chez Clouzot dans « La Vérité », rôle dont elle sortit avec une dépression nerveuse) car se contentant d’être elle-même quels que soient les rôles, sa seconde vie restera entachée de ces ignobles sorties de routes, celles qui demeurent tout autant dans la mémoire collective.
Le cinéma, la chanson, la défense animalière… Jusque là tout va bien…Ca rappelle un film, non ? Oui : « La Haine »….
Franck BORTELLE

