LA FEMME DANS TOUS SES ÉCLATS

La femme africaine était à l’honneur de ce festival qui s’est tenu deux soirs durant à l’Alliance Française d’Accra. Théâtre, danse, cirque ont attiré de très nombreux spectateurs qui sont repartis des étoiles plein les yeux. De très beaux moments de spectacle vivant. Oui, l’Afrique a un incroyable talent…

Sous les frondaisons des arbres du parc ou sur ses deux scènes, l’Alliance Française d’Accra a présenté ce week-end un festival qui aura rassemblé une audience fournie. Un public conquis par une très belle diversité artistique et des performances bourrées d’intelligence, de talent et de créativité. 

C’est Kossivi, que les Togolais fréquentant l’Institut Français de Lomé connaissent bien qui a ouvert le bal avec son spectacle « Agbedo ». Chorégraphe et   danseur, seul en scène, il développe toujours avec force et puissance des thèmes qui lui sont chers. Il en a fait encore une fois la démonstration ce vendredi en présentant son spectacle au milieu de la foule, jouant sur le thème des traditions ancestrales et leur rapport aux corps lorsque ce dernier participe à un héritage collectif. Faisant sien l’espace, il a offert une prestation puissante que rehausse, comme toujours chez lui, une force créatrice sans cesse renouvelée. 

Ce sont des Ghanéens qui lui ont succédé sur la scène avec un spectacle court mais intense de danse contemporaine. « Loud silence » que défendait le collectif « Adelaide and Team » avec ce titre en forme d’oxymore (le fameux silence assourdissant) promeut le bien-être mental et émotionnel dans la vie moderne, celle-là même dont les vicissitudes mettent à mal parfois certaines formes d’équilibre.

C’est du théâtre qui a clôturé cette première soirée avec « In the Chest of a Woman ». Une comédie corrosive sur une reine-mère africaine qui travestit sa fille pour lui assurer un trône. Une distribution de haut vol pour un spectacle coloré, tant par les costumes que les nombreuses « punchlines ».

Kossivi était à nouveau présent le lendemain avec un moment de danse et de théâtre rendant hommage à ce métier ô combien difficile et parfois dangereux de pêcheur. Mimant grâce à une chorégraphie millimétrée chaque geste de ces professionnels de la mer, l’artiste a réussi à montrer toute la technicité requise pour ce métier pour ne pas risquer d’être pris au dépourvu. Et de proposer un final très malin pour montrer que, selon le proverbe consacré, l’union fait la force. Un spectacle conçu à deux puisque Kossivi a travaillé avec  Alice Raymond, chorégraphe française. Si la Femme n’était donc pas présente sur scène, elle n’était pas bien loin. Un peu comme celles qui attendent le retour de mer de leur homme, les fameuses « femmes de marin » à l’incomparable vertu comme le chantait Barbara…

« Le bal des folles ». Ceux qui ont vu le film de Mélanie Laurent ou lu le magnifique roman de Victoria (fille de Jeanne) Mas auront vite établi le lien avec « Vivantes », ce magnifique moment de danse théâtrale offert par un collectif de sept Ivoiriennes. L’histoire de ces femmes enfermées de force au XIXe siècle dès qu’elles avaient l’outrecuidance d’affronter le patriarcat ou de tenir la dragée haute à quiconque avec des idées jugées dissidentes. Puis la représentation s’oriente vers les violences faites aux femmes. Avec une scénographie très étudiée, les artistes ont offert un spectacle d’une viscérale intensité. Brut, parfois brutal, à l’image du sujet évoqué, puissamment incarné. Le message ne pouvait qu’être reçu cinq sur cinq. Bravo, mesdames !!!

Après une prestation très acrobatique des Ghanéens de la formation « B-Boy Break Dance Group » où furent mêlés rythmes ancestraux et chorégraphies contemporaines dans une exploration de thème tels que l’identité et l’héritage culturel, c’est le cirque qui a envahi la scène de l’amphithéâtre. Les Sénégalais du groupe Sencirk ont été accueillis avec la même chaleur que celle qu’ils prodiguent à leurs invités au nom de la célèbre « teranga ». Mêlant là encore la performance physique (danse, cerceaux, acrobaties) au sujet sociétal, la place de la femme africaine en Afrique, ils ont livré un spectacle pour le moins renversant avec un parfum salvateur de rébellion pour faire tomber certains murs érigeant des prisons à celles auxquelles on a assigné un balai et des corvées de ménage dès la naissance.

Un très beau week-end culturel placé sous les signes de la mixité, la diversité, le métissage…

Franck BORTELLE

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