UN PALMARÈS PRESQUE PARFAIT

Jacques Audiard rafle sans surprise la majorité des récompenses pour son très culotté « Emilia Perez », la jeunesse triomphe du côté des comédiens et « L’histoire de Souleymane » avec ses quatre trophées fait la nique aux insipides productions archi nominées et reparties presque bredouilles. Avec en prime deux femmes (et quelles femmes !) à la présidence et pour le César d’honneur : Catherine Deneuve et Julia Roberts.

Les thuriféraires de BFMTV, la chaine qui dans son reportage sur la 50ème Cérémonie des César a ni plus ni moins que zappé les quatre récompenses attribuées au magnifique « L’histoire de Souleymane », vont s’étouffer de rage : une comédie musicale sur les trans et un drame social avec un Africain clandestin (au moment du tournage et de la sortie du film) dans le rôle principal se sont taillés la part du lion dans le palmarès. La femme, de manière générale, fut à l’honneur avec Catherine Deneuve en présidente de cérémonie et Julia Roberts pour le César d’honneur. Belle de jour et Pretty Woman, Tristana et Erin Brockovich réunies pour un même événement, que demander de plus ? Deux comédiennes de deux générations différentes qui ont tout osé, tout réussi et sont parvenues à hisser l’image de la femme très haut en brisant les conventions et les carcans qui ont la peau pas très douce…

AUDIARD ROI DES CÉSARS

Jacques Audiard, que les Césars ont récompensé déjà à maintes reprises (« De battre mon coeur s’est arrêté », « Un prophète », « Regarde les hommes tomber », « Sur mes lèvres ») a toujours débarqué là où on ne l’attendait pas et c’est aussi ce qui fait la force de son cinéma. Après un western, « Les frères Sisters » (déjà une belle ambiguïté dans le titre), il revient en 2024 avec cette comédie musicale en espagnol et évoquant le changement de sexe d’un patron de la mafia mexicaine. Le pari est gagné, le film franchit allègrement le million d’entrées en France et les festivals lui déroulent le tapis rouge. Sept récompenses pour cette 50ème édition des César confirment si besoin était que ce « fils de… » comme se complaisent à le rappeler ses contempteurs, a plus que réussi à se faire un prénom. Chapeau l’artiste…

LA BELLE HISTOIRE DE SANGARE

Un petit film aura fait la surprise, laissant loin derrière l’insipide « Comte de Monte Christo » et le gentillet « Amour ouf » tous deux repartis quasi bredouilles (meilleurs décors et costumes pour le premier et second rôle masculin mérité pour Alain Chabat pour le second), « L’Histoire de Souleymane ». Outre les récompenses pour le montage et le scénario original (plus que méritées), le second rôle féminin (l’excellente Nina Meurisse qui enfin est reconnue par le cinéma après des années de théâtre) c’est le jeune Guinéen Abou Sangare qui crève littéralement l’écran qui décroche la récompense du meilleur espoir masculin. Portant le film sur ses épaules, il rejoint ces jeunes comédiens qu’on a vu surgir de nulle part et qui ont laissé une empreinte durable dans le cinéma, un peu comme Sandrine Bonnaire en 1983 avec le film de Pialat « A nos amours ».

Enfin, les récompenses les plus attendues de la cérémonie, les comédiens, sont revenues à Karim Leklou pour « Le roman de Jim » des frères Larrieu (qu’il a d’ailleurs chaleureusement remerciés en leur attribuant le César de la gentillesse) et Hafsia Herzi pour « Borgo » de Stéphane Demoustier.

UNE CÉRÉMONIE DANS L’AIR DU TEMPS

Un demi-siècle de César. 50 ans de récompenses, du triomphe du « Vieux fusil » à celui de « Emilia Perez ». Entretemps, Resnais et Polanski ont dominé les palmarès (« On connaît la chanson », « Providence », « Smoking No smoking », « Tess », « Le pianiste ») tout autant qu’Isabelle Adjani avec cinq trophées, Nathalie Baye avec 4 récompenses sur deux catégories différentes. La seconde guerre mondiale (récompensé cette année pour le génial « La zone d’intérêt » pour le film étranger) la hanté la cérémonie durant de nombreuses éditions (« Le vieux fusil », « Le dernier métro », « Monsieur Klein », « Le pianiste », « Au revoir les enfants »). Les temps changent et finalement, bien que cette cérémonie tant décriée reste une vaste foire à l’auto-congratulation et la grand messe de l’entre soi, elle sait aussi se faire l’observatrice d’un monde en pleine mutation.

Franck BORTELLE

Palmarès complet

Meilleur film : Emilia Pérez, produit par Pascal Caucheteux, Jacques Audiard et Valérie Schermann, réalisé par Jacques Audiard

Meilleure actrice : Hafsia Herzi, pour son rôle dans Borgo

Meilleur acteur : Karim Leklou, pour son rôle dans Le Roman de Jim

Révélation masculine : Abou Sangaré, pour son rôle dans L’Histoire de Souleymane

Révélation féminine : Maïwene Barthèlemy, pour son rôle dans Vingt Dieux

Meilleure actrice dans un second rôle : Nina Meurisse, dans L’Histoire de Souleymane

Meilleur acteur dans un second rôle : Alain Chabat, dans L’Amour ouf

Meilleure adaptation : Jacques Audiard, pour Emilia Pérez

Meilleure réalisation : Jacques Audiard, pour Emilia Pérez

Meilleurs décors : Stéphane Taillasson, pour Le Comte de Monte-Cristo

Meilleurs costumes : Thierry Delettre, pour Le Comte de Monte-Cristo

Meilleur montage : Xavier Sirven, pour L’Histoire de Souleymane

Meilleur son : Erwan Kerzanet, Aymeric Devoldère, Cyril Holtz et Niels Barletta, pour Emilia Pérez

Meilleurs effets visuels : Cédric Fayolle, pour Emilia Pérez

Meilleure musique originale : Clément Ducol, Camille, pour Emilia Pérez

Meilleure photographie : Paul Guilhaume, pour Emilia Pérez

Meilleur scénario original : Boris Lojkine et Delphine Agut, pour L’Histoire de Souleymane

Meilleur premier film : Vingt Dieux, réalisé par Louise Courvoisier et produit par Muriel Meynard

Meilleur film étranger : La Zone d’intérêt, de Jonathan Glazer

Meilleur court-métrage de fiction : L’homme qui ne se taisait pas, réalisé par Nebojsa Slijepcevic et produit par Noëlle Levenez

Meilleur court-métrage d’animation : Beurk !, réalisé par Loïc Espuche et produit par Juliette Marquet ainsi que Manon Messiant

Meilleur film d’animation : Flow, le chat qui n’avait plus peur de l’eau, réalisé par Gints Zilbalodis, produit par Ron Dyens

Meilleur film documentaire :La Ferme des Bertrand, réalisé par Gilles Perret et produit par Denis Carot ainsi qu’Ulysse Payet

Meilleur court-métrage documentaire : Les Fiancées du Sud, réalisé par Elena López Riera, produit par Sylvie Pialat et Alejandro Arenas Azorin

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