
COMME UN OXYMORE DE RIRE
La nouvelle coqueluche du cinéma français effectue une entrée fracassante dans les librairies avec un roman qui dynamite les codes, égratignant sans vergogne la bien-pensance. Dans un style ciselé, même si parfois un tantinet démonstratif, le jeune romancier nous mène sur les pistes délicieusement glissantes du politiquement incorrect à travers un personnage de serial killer décomplexé et diablement réfléchi. Un exercice purement jubilatoire qui navigue entre Dard et Vian.
Il est le chouchou des plateaux télé depuis quelques mois maintenant. Avec cette voix, immédiatement reconnaissable et qui sème la confusion sur ses origines alors qu’elle n’est que la conséquence d’une malformation nasale, le gars étant tout bêtement de Grenoble, il assure le show aussi assurément qu’un Luchini, la modestie en plus. Véritable oxymore à lui tout seul, il impose son style par des pensées fulgurantes sous une nonchalance de façade. Son livre lui ressemble…
Un type asocial rate son suicide et décide de se venger sur la société en devant féminicide. Avec un sens de l’organisation qui frôle la maniaquerie, il orchestre la suppression en bonne et due forme une demi-douzaine de femmes issues de milieux radicalement différents. Jusqu’au jour où…
UN CARTON EN LIBRAIRIE
Le style est percutant, décomplexé et souvent très drôle. Un humour macabre totalement assumé persille ce roman à nulle autre pareil. Jouant sans cesse sur l’amoralité de son personnage, le jeune romancier, qui effectue une entrée plus que remarquée (son livre en est déjà à plusieurs rééditions) dans le landernau littéraire, balade le lecteur au gré à la fois de ses rues pavées des pires intentions et des méandres de son mental en perpétuelle ébullition.
Avec une science du détail quasi entomologique, le romancier scrute les faits et gestes des victimes de ce personnage qui compose avec une loufoquerie permanente pour mieux alimenter un constat social parfois vitriolé. Ainsi, entre références qui sont plus que de simples clins d’oeil (Boris Vian dans « L’Ecume des jours » mais aussi toute la mouvance surréaliste jusqu’à Frédéric Dard et Michel Audiard, voire Bertrand Blier) et sa propre vision du monde, Raphaël Quenard nous balance en pleine tronche une mini-bombe où le rire, certes dominant, laisse parfois place, à travers des phrases quasi proverbiales, à une prise pour témoin du lecteur d’un monde en pleine déconfiture…
Assurément, un délicieux traquenard !
Franck BORTELLE
« Clamser à Tataouine » de Raphaël Quenard, Editions Flammarion.
Extraits :
- La sagesse tient plus de l’acceptation de notre bassesse qu’à son combat
- Dire tout et son contraire, c’est le début de la transparence. C’est le seul moyen de retranscrire avec justesse le chaos d’une âme humaine.
- Le jargon impressionne. Entrer dans le détail d’un sujet, voilà la meilleure façon d’éviter d’en parler. Pas même besoin de creuser, il suffit de donner l’illusion qu’y entrer ne nous poserait aucun problème. Le triomphe de l’esbroufe.
- Comme tous les conseils sortant d’une bouche plus âgée, on ne les comprend vraiment que plus tard. Nul pédagogue n’égale le temps qui passe.
- Elle a eu la main lourde sur le rouge à lèvres. En plus d’avoir été généreuse, Louise a été maladroite. Le dépôt déborde de ses lèvres par endroits, Mon esprit déréglé interprète sa maladresse comme une volonté de se donner l’air souillon de celle qui vient de se faire limer la barquette. Sur le volet capillaire, on reste dans elle thème.Uncoiffé-décoiffé chic-débraillé qui m’excite comme un canasson. Je l’imagine brûlant ma bite à deux mains avec l’habileté d’un chef étoilé maniant son poivrier.
- Elle déroule. Ses excursions pédestres constituent pour elle un retour à l’essentiel. L’isolement et le silence produisent sur elle un effet des plus bienfaiteurs. Le rat des villes que je suis a bien conscience de cette possible exaltation mais sa concrétisation est malheureusement mise à mal par cette paralysante flémingite qui, trop souvent, fait de moi l’esclave servile de mon canapé.
