
AUX MALHEURS DES DAMES
Le scénariste de Robert Guédiguian s’empare de la vie privée du créateur des Rougon-Macquart en prenant appui sur la triste découverte d’Alexandrine, l’épouse légitime, de la double vie de son célèbre mari et des deux enfants qui en sont nés. Larmoyant et pompeux, l’auteur passe à côté d’un très bon sujet, se contentant de faire de la presse people. Décevant.
Les amateurs du cinéma de Robert Guédigian auront forcément repéré son nom au générique de bon nombre de films. Jean-Louis Milesi est en effet le créateur des personnages hauts en couleurs de Marius, Jeannette, Marie-Jo et autres Lady Jane. On lui doit l’histoire du plus poignant film du célèbre Marseillais, « La ville est tranquille » mais aussi celle du pire opus du cinéaste, « Les Neiges du Kilimandjaro » qui n’est pas un remake du film de Henry King d’après Hemingway mais une histoire inspirée de la chanson éponyme de Pascal Danel, parangon de niaiserie comme on en pondait treize à la douzaine dans les années 60. Le film de Guédiguian est à l’avenant et le bouquin de Milesi aussi…
Nous sommes à la fin du 19ème siècle. Emile Zola vient d’achever sa colossale série romanesque des Rougon-Macquart avec « Le Docteur Pascal ». Son épouse Alexandrine apprend par un courrier furtivement torché sur un bout de papier que son illustre mari entretient depuis trente ans une liaison avec une certaine Jeanne Rozerot qui lui a donné deux rejetons. S’ensuivent de multiples questionnements qui alimentent un psychodrame en bonne et due forme…
UNE LITTÉRATURE DE CANIVEAU
Sans chercher à jouer les ayatollahs de la vérité historique (avec laquelle Milesi joue pourtant de manière parfois éhontée), disons tout net que cette évocation de la vie privée du chef de file du naturalisme s’avère un ratage sévère. Se fourvoyant dans des détails parfois sordides qui ne rehaussent bien sûr pas son propos, l’auteur nous livre plutôt de la littérature de caniveau dont la forme ne repêche pas le fond. Bien mal écrite et plus encore lorsque Milesi tente de faire du Zola (un comble !), cette évocation d’une cocue de plus aurait mérité un peu plus d’attention sur celui qui en était le responsable car au fond, Alexandrine n’ayant jamais été pour Zola ce que fut Juliette Drouet pour Hugo, le total désintérêt pour sa personne finit par être aussi inévitable que celui que nous fait ressentir Milesi trois cents pages durant.
Larmoyante, oui. Flamboyante non !
Franck BORTELLE
« Flamboyante Zola » de Jean-Louis Milesi aux éditions Presses de la Cité.
