GAUMARDJOUS ! (1)

Dans un style simple, le comédien bien connu des spectateurs de la Comédie française mais également des salles de cinéma nous emmène dans le pays de ses ancêtres, la Géorgie. De la diversité qui y règne et dont les Géorgiens se targuent à juste titre, l’auteur va s’emparer pour livrer une oeuvre qui elle aussi affiche une multitude de thèmes. Un voyage passionnant pour découvrir ce pays dont on ne parle finalement que lorsqu’il subit les assauts du géant russe ou lorsqu’un de ses représentants s’illustre en Ovalie…
La Géorgie… Ce pays qui, lorsqu’on ne lui fait pas l’affront de le confondre avec son homologue américaine, ne fait guère parler de lui. Flanqué entre Turquie et les monts du Caucase qui le séparent du géant et parfois gênant voisin russe, il marque pourtant tout visiteur qui s’y aventure. De ses déserts arides proches de l’Azerbaïdjan aux rivières de montagnes qui ont donné la naissance à la ville thermale de Borjomi, des vignes de la luxuriante Kakhétie aux rivages de la Mer Noire, la Géorgie explose de diversité comme si cette terre de rencontres avait conservé un héritage qu’elle a fait sien de tous ceux qui ont foulé son sol. La diversité dont les Géorgiens se targuent à juste titre est partout, des paysages aux climats, de la gastronomie à l’architecture, sans parler d’une multitude de grands représentants des arts et lettres, du peintre Pirosmani aux cinéastes Kalatozov (son vrai nom : Kalatozchvili, auteur du chef d’oeuvre « Quand passent les cigognes »), Paradjanov, Iosseliani ou l’incontournable Rezo Chreidze auteur du film le plus célèbre du pays « Le père du soldat ».

UN TABLEAU COMME POINT DE DÉPART
C’est un tableau représentant une de ses aïeules qui sert de point de départ à ce roman totalement autobiographique. Le narrateur a en effet l’idée au demeurant un peu loufoque d’aller passer la nuit dans un musée devant ladite représentation dont il n’hésite d’ailleurs pas à dire qu’elle ne lui ressemble pas du tout. De déboires en déconvenues, il finira par être convié dans un autre musée, flanqué de trois gardes du corps prénommés Guio (diminutif de Giorgi, prénom masculin le plus répandu là-bas) mais bien en présence de la toile en question. La nuit va, comme dit l’apophtegme, lui porter conseil…
Dans un style simple, comme s’il s’interdisait de tenter d’imiter les grands du répertoire qu’il a joués à la Comédie française, il nous emmène donc à Tbilissi, la capitale aux quarante églises que traverse la nonchalante Koura. Cette ville que surplombe une forteresse où se tenait l’ancien coeur de la cité va être décrite par le romancier avec force détails que tout voyageur ayant visité la Géorgie ne manquera pas de repérer. C’est un regard très lucide mais jamais dénué d’une vraie tendresse qu’il porte sur ses ancêtres et leurs descendants. De l’accueil toujours grandiose réservé aux invités et visiteurs aux tablées couvertes de victuailles (la gastronomie géorgienne devrait figurer au patrimoine de l’UNESCO), de cette langue ultra complexe (une des plus vieilles du monde) aux cérémonies religieuses (toujours très impressionnantes), Guillaume, sans les garçons, passe à table et nous livre un état des lieux riche et coloré de son pays d’origine. Il n’exclut par pour autant, et ce n’est pas la moindre des qualités, ce que la Russie a apporté dans son parcours culturel. Grand amateur de Dostoïevski (l’inverse surprendrait) et amoureux d’Anna Karenine, la suppliciée des convenances sous la plume de Tolstoï, il cite également le génial roman « Oblomov » de Gontcharov que Nikita Mikhalkov porta à l’écran dans les années 70.

PLUS QU’UN SIMPLE VOYAGE
C’est plus qu’un voyage, c’est un parcours initiatique que livre le romancier. Puissamment cathartique, son périple et son expérience vont aussi le mener sur les routes cabossées de son passé familial. La Géorgie aurait-elle cette force ? A en lire ces quelque 280 pages, on se prend à y croire. Y passer quelques mois ou quelques années finit par nous en convaincre car, ainsi que nous le confesse l’auteur de cet ouvrage diablement original et au titre d’une poésie folle, on ne revient pas indemne de cette expérience au pays des rinkali (2) et de la limonade à l’estragon…
(1) « A la vôtre » en géorgien
(2) un des nombreux plats phare de la gastronomie géorgienne.
Texte et photos : Franck BORTELLE
« Le buveur de brume » de Guillaume Gallienne aux Editions Stock. 280 pages.




